Gérard Pairé est un artiste peintre né à Nantes, en France
Malgré le peu d'empressement à montrer son travail (première expo en galerie en 1975 quand même), cet artiste discret, silencieux, n’a néanmoins jamais cesser d’exposer (sauf de 1982 à 1992, années durant lesquelles il a refusé de montrer son travail) -  Expositions à Nantes, Dallas, Strasbourg, Lille, Paris, Chicago, New York, Séoul, Bruxelles, Dubaï, Al Fujairah, etc…
Son extrême sensibilité fait qu’il ne développe apparement pas un style uniforme, qui permettrait à l'observateur de reconnaître son travail du premier coup d’oeil, mais certains initiés ont su le voir depuis déjà fort longtemps. C’est un peintre qui est autant fait par son art qu’il fait de la peinture; il semble souvent croiser les aléas de son parcours pictural avec ses aléas profonds et privés, sans oublier ceux de la réalité du monde. Il ne les analyse et n'en réalise la portée souvent qu’après coup.
Le risque chez lui est permanent, "chaque « vague » ramène toujours quelque chose, et cette méthode me permet de produire des images que l’intellect ne concevra jamais". Son désir d'être étonné par ce qu'il laisse "venir", ce qui lui échappe dans le "faire" nous raconte qu’il est important de voir non seulement de quoi l'on parle, mais surtout d'où ça parle.
Il semble exprimer  l'impermanence, la précarité, le flux qui se remarque déjà dans ses « sables », ses plis/peinture (premières grilles et en même temps excroissances épidermiques du peintre comme dans ses "tapisseries" auparavant?) dès les années 80 et ce jusqu’aux oeuvres les plus récentes de 2021.
Il admira très tôt Titien, Vélasquez, Goya, Manet, Bacon et l’abstraction américaine etc,... car pour lui, chez ces géants de l’art le psychisme s’est incorporé dans la technique picturale. Ils se sont servis de la lumière pour malaxer la peinture (qualités qui participent autant de la technique que de la métaphysique, et donnent un art à même de transcender la matière qui la constitue, capable d’être à la fois peinture et esprit-matière inerte et énergie pure ).
… « Je crois que dans sa peinture il y a toujours eu une manière de prendre la peinture comme une peau, comme une enveloppe, comme un voile c'est-à-dire tout ce qui dans l'histoire de l'art avait été la métaphore de l'acte de peindre : le nuage, les choses indécidables si présents dans l'art chinois ou japonais, les matières floues, les matières en suspens. »…Christine Buci-Glucksmann, dans un film de 2002: "La peinture en absence" sur les animations numériques de G. Pairé.
... « Gérard Pairé a choisi de laisser s'épandre ses mélanges de polymères, et de permettre au liquide élastique de dériver à même le sol. Sur le sol de l'atelier gisent les futurs éléments du « pan-tableau »...   Gérard Pairé est avant tout un peintre qui expérimente et qui recherche la matière idéale ; cette matière lumineuse en mouvement, en flux perpétuel qui se re-configure sans cesse dans une tentation de l'infini. La peinture a toujours été, pour lui, une chair, un épiderme, une peau faite de lumières colorées qui se frottent, passent les unes sur les autres comme des caresses au futur érotique. Les couleurs inondent l'espace par différents effets de textures, de fluides puis la lumière glisse et s'échappe pour laisser apercevoir un espace voilé derrière lequel se trouve l'abîme. »   extrait du livret sur sa peinture: " Du pan de Niobé" au « pend » de Marsyas par Laurent Gillard  en 1996
Il met l'accent sur une chose essentielle, me semble-t-il, en jouant avec les coulées  désirées sur le sol de l’atelier dans les années 90 puis avec celles involontaires en 2000 (on pourrait aussi parler de ce qui a créé ses photographies numériques en 2000, et de son observation constante de ce qui se passe dans l'atelier depuis 1990 jusqu'aux purges des buses d’aérosol de 2020) il nous indique que chez lui  la peinture est aux prises avec l’ordre profane et matériel du tableau.
L’aplat des coulées peut nous faire penser aussi d’ailleurs aux aplats des épanchements des figures de Bacon par exemple...
Il s’agit pour lui de créer une pure présence poétique, autour de thèmes récurrents  et des concepts véhiculés par le "Pli", la peau, les voiles, et de glissement en glissements les mailles, les rideaux, ou autres trames et chaînes. Toutes ces "Grilles" (volonté de silence de l'art moderne, hostilité à l'égard du discours?) ne sont t-elles pas aussi assez proches des cages coercitives, des structures tubulaires de Bacon, qui fixent, enserrent les figures: métaphore de la condition humaine?
Il ne s’arrête qu’au pli des apparences que pour mettre en oeuvre la ductilité du vivant. Dans les oeuvres récentes, la pleine maturité de 2021, il y a comme un accroissement ou des résurgences d’intensité chromatique de formes devenues des sortes de « fascias » en déconfiture.  Comme l'esprit complexe du grand maître d'Aix-en-Provence il tente de lier les contraires. Ne sommes-nous pas au coeur de la tragédie antique, entre les principes « apolliniens » visant à la clarté de la forme, et leurs complémentaires « dionysiens » : l’informe ?  
L’on sent bien chez cet artiste qu’il privilégie d'abord le variable, la précarité de l’apparence, l’indignité biologique du mouvement de la vie plutôt que « l’essence » à laquelle appartient l’immuable, le fixe, la conception mathématique, la beauté aux contours clairs et définis.
Il aime le côté énigmatique dans une oeuvre d’art et aussi son ouverture à un au-delà de la matière dans la matière même. Il nous parle d’immanence et non de transcendance, ou alors c’est la transcendance dans l’immanence: le spirituel du corps dans le corps même.
Notre perception du monde est de plus en plus fluide et immatérielle et cet artiste revendique la chair de la peinture; il l’exhibe et la délivre en toute liberté sur la toile; comme pour mieux nous dire que dans la peinture ce qu'il y a d'essentiel c'est la Peinture.
Si vous désirez en savoir un peu plus sur son parcours, vous avez une lecture libre de son livre sur le net.
Photographie par David Pairé

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